Petit Journal/Grand Journal, dictature du rire et tribunal médiatique

Etrange succès que celui du combo Petit/Grand Journal (PJ/GJ) de Canal +, devenu un « passage obligé » à l’instar de l’émission de Ruquier « On n’est pas couchés » (ONPC) pour tout politique qui souhaite être largement entendu. Un (ou deux) point(s) commun(s), la médiocrité de ces émissions et leur promptitude à être fortes avec les (supposés) faibles, et faibles avec les puissants (avérés).

Pour autant, si ONPC brille par l’indigence de ses commentatrices (le consternant tandem Polony/Pulvar) et le niveau bas de plafond de son présentateur entièrement acquis à la sauce hollandaise, nous sommes encore loin des méthodes du PJ/GJ qui consistent en une double injonction en deux temps : la première consiste dans le PJ à (tenter de faire) rire de tout quitte à bidonner ses « reportages », la seconde prend le relais en dressant dans le GJ le procès militaro-médiatique de ceux qui s’en offusquent ou qui ne roulent pas de galoches enfiévrées aux discoureurs dominants. Ainsi, Jacques Cheminade sera raillé par le procureur Apathie comme candidat inutile, Vincent Peillon sera gourmandé pour avoir eu l’outrecuidance de faire faux bond à Arlette Chabot, Didier Porte lynché sans avocat par Demorand et ses frotte-manches pour un sketch jugé vulgaire, Jean-François Kahn chapitré pour un appel à la vigilance citoyenne et affirmer qu’Apathie est de droite (ce qui est de notoriété publique), Nicolas Dupont-Aignan repeint en noir et blanc pour le ringardiser en toute fin d’émission sans droit de réponse et ses militants moqués pour ne pas comprendre son discours sur l’euro; et le Front de Gauche accusé de stalinisme pour entrave à la liberté de la presse et de la caricature, et avoir empêché des journaleux du PJ d’accéder à une réunion entre le FdG et un collectif (de chômeurs); le tout bien entendu sans donner aux accusés condamnés par avance le temps de développer leurs propres arguments (pourquoi s’emmerder avec de si triviales considérations quand les images montages parlent)…

Or une excellente émission d’Arrêt sur Images consacrée au Petit Journal (réservée hélas aux abonnés du site) nous apprend que dans plusieurs cas, avérés et preuves à l’appui, la fine équipe de Yann Barthès a truqué des reportages présentés comme journalistiques, par exemple (non exhaustif) : les militants de Debout la République n’ont pas été interrogés après le meeting de Dupont-Aignan comme présenté avant le lancement du sujet mais après (facile ensuite de les faire passer pour des buses avinées ou décérébrées); l’affaire de la non rencontre entre Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon est un faux grossier puisque ceux-ci se sont salués quelques minutes avant que les caméras du PJ ne les suivent. Mais il y a plus grave, et hautement plus méprisable voire gerbant. A aucun moment, alors qu’en effet l’équipe du PJ est refoulée de la réunion du Front de Gauche (mais admise au point presse où ils ne poseront aucune question) , les marioles de Canal + ne précisent que Jean-Luc Mélenchon se rend à une réunion avec un collectif de chômeurs au bout du rouleau, se contentant de parler vaguement d’un collectif (chômeurs c’est moins fun, et reconnaitre qu’ils sont là pour prendre les moches et se foutre de leur gueule plutôt que de s’intéresser à leurs sorts, ça passe moins bien à l’antenne, comme l’explique Mélenchon à « C à vous« , désireux de ne pas faire de ces rencontres avec ceux et celles qui sont en souffrance un sujet de gaudriole).

Reprenons, donc : le Petit Journal qui, non content de mélanger au gré de ses convenances caricature et journalisme (puisqu’ils ont des cartes de presse) bidonne ses « reportages », se voit défendu comme indicateur de santé de la démocratie par une poignée de médiacrates habillés en procureurs sans que les mis en examen aient l’opportunité de répondre en plus de 20 secondes à leurs injonctions.

Soit. Le jury populaire tranchera.

D’ici, on peut poser une question à Jean-Mimi Apathie, Ariane Massenet, et Bruno Donnet : que pensent ils de leur employeur Michel Denisot qui a toujours mis un point d’honneur à se frotter aux tibias des puissants en leur évitant les questions qui fâchent, tout en envoyant chier derechef ceux de ses confrères (encore que, Pierre Carles pourrait le prendre pour une insulte)  qui ont une fâcheuse tendance à le lui rappeler ? Y aurétipa (pour parler comme Apathie)  dans sa réaction comme un vieux fond rampant de stalinisme niant le droit au pastiche, thermomètre de la démocratie française ?

C’est à la 33ème minute et ça ne manque pas de saveur (comme le reste du documentaire).

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