Rue89.com/Rue89 Mensuel

Un bref historique de la création du site d’informations plutôt à gauche selon son acte de naissance. A noter qu’il a été créé par d’anciens journalistes (comme souvent) de Libération (Pierre Haski, Pascal Riché) et que l’un deux, Michel Lévy-Provençal, a quitté le site dès son lancement en raison de différents sur l’orientation éditoriale prise (le crédo du site étant basé sur le participatif et l’info à 3 voix « journalistes/experts, internautes » avec l’hébergement de blogs et la mise en avant d’articles signés par quelques blogueurs parmi ceux purement journalistiques). Pour avoir suivi le cheminement de Rue89 depuis ses débuts, le bilan est assez mitigé.

Pour les bons points, on y trouve quelques blogueurs intéressants comme le Yéti par exemple (dont le blog est mis en lien sur la page d’accueil de Médiacratie) ou Daniel Schneidermann qui y livre tous les matins un billet d’humeur (le même que celui mis en ligne sur @SI) mais surtout une liberté de commenter les articles proposés qu’on trouve rarement ailleurs. Assez peu de censure, donc, dès lors que vos propos ne tombent pas sous le coup de la loi et par rapport à des sites comme Le Figaro, Marianne ou pire Le Point pour ne citer qu’eux, c’est suffisamment appréciable pour le relever. Enfin, les articles de l’un des fondateurs, Pierre Haski, sont souvent pointus et intéressants à lire. Last but not least, Rue89 n’est pas un site payant puisqu’il est en partie financé par la publicité, par les recettes de sa déclinaison papier et par des offres de services.

Pour les mauvais points, si en effet Rue89 est (très) légèrement plus à gauche que Libération, l’Obs’ ou Marianne (ce qui n’est pas une prouesse tant les autres se sont déplacés au centre), la tonalité générale du site l’ancre dans la promotion de la sociale-démocratie. Il suffisait de lire les articles du « libéral de gauche » (mais en fait tout simplement de droite) Hugues Serraf (parti depuis chez Atlantico mais toujours chez Slate) ou de Michel Faure, distillant chaque semaine sa vision idylique d’une Amérique du Sud débarrassée de ses sales cocos révolutionnaires et populistes pour enfin embrasser le marché à pleine bouche) pour en avoir un aperçu assez révélateur (tous deux sont partis, une majorité lecteurs goûtant peu leurs prèches libéraux). A un peu plus de six mois des présidentielles, l’impression est confirmée, des articles et des numéros spéciaux entièrement dédiés aux primaires socialistes et ses candidats fleurissent, et quasiment rien sur « l’autre gauche » (si ce n’est des articles polémiques repris sur d’autres sites et qui font de l’audience); sauf par la voie d’un blogueur, l’excellent Yéti.

En sus, Rue89 distille parfois par le biais de quelques plumes une pensée molle et convenue qui n’est pas toujours des plus enthousiasmantes. Pascal Riché, cofondateur du site en est un exemple assez consternant : son traitement des évènements du 11 Septembre, coécrit avec des étudiants en journalisme, lui valut quelques réponses cinglantes, tout comme son article assez répugnant et malhonnête accusant Noam Chomsky de « fricotter à nouveau avec les négationnistes » (SIC) au motif qu’il a accordé son soutien à une pétition réclamant l’abrogation de la loi Gayssot (à ce train là on pourrait reprocher à Riché des articles très orientés au motif qu’il a été « young leader » de la Fondation Franco-Américaine). La liste est non exhaustive, malheureusement.

Plus génant, la politique salariale chez Rue89, comme expliquée par un de ses fondateurs Laurent Mauriac à l’émission « la ligne jaune », a de quoi faire bondir.

En théorie le deal est clair : seuls les journalistes encartés (et les pigistes dans une moindre mesure) sont rémunérés; les blogueurs, avec un brin de condescendance, y gagneraient eux « en notoriété » comme récompense (à partir de la 14ème minute). Mais en pratique, certains blogueurs plus lus que d’autres seraient payés quelques centaines d’euros de plus comme l’ex chroniqueuse « Camille » et son blog dédié à la sexualité sans que cela soit très clairement justifié (25ème minute).

Encore plus effarant, Mauriac justifie la non rémunération des blogueurs au motif que « si Rue89 payait tout le monde, le site n’existerait pas », poussant le culot jusqu’à citer de (vils) syndicalistes (forcément) qui demanderaient alors à ce que les commentaires soient aussi rémunérés ! Venant d’un site se réclamant de la gauche, on appréciera le raisonnement que même le MEDEF n’ a pas (encore) osé tenir. Que dirait on d’un patron expliquant qu’une partie des ouvriers de son usine travaille gratuitement au motif qu’il ne peut payer tout le monde et que s’il le faisait, l’usine n’existerait pas ?

Quant à la version papier, je ne puis donner d’avis sur la question car je ne l’achète pas mais il a provoqué quelques réactions dûes au fait que certains articles du site y seraient repris et modifiés sans que l’auteur(e) soit consulté(e).

Au final, chez Rue89, virtuellement et sur le papier,on est de gôche…mais point trop n’en faut. « Business plan first ».

 

*Addendum au 8 Octobre : la nouvelle version de Rue89 vient de paraître. La possibilité de « nazer » les mauvais articles a disparu et désormais les lecteurs/correcteurs bénévoles sont mis à contribution pour enrichir les articles ou soumettre des liens aux auteurs. Ca ne va pas en s’arrangeant…

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